Cours mineure PE L3 (Histoire du XXe siècle) - Le gaullisme et les droites (Cours in extenso)

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LE GAULLISME

(Cours mineure PE L3 - Histoire du XXe siècle)


III Le gaullisme et les droites

 

Dans l'esprit de De Gaulle, le gaullisme est d'abord un rassemblement. Dans les faits, il n'a jamais été consensuel et il a existé des mouvements gaullistes qui ont "concouru à l'expression du suffrage universel". Or ces mouvements ont été perçus à droite. Il est vrai que leur électorat permet de poser le problème de la place du gaullisme au sein des familles politiques composant les droites françaises.

 

A/ Forces et faiblesses du gaullisme électoral

 

1/ La IVe République : le RPF, un refuge des droites ?

 

         Au sortir de Vichy, la droite est totalement discréditée. Le marxisme domine la gauche politique (SFIO, PCF). La démocratie chrétienne issue de la Résistance (MRP) tente d'incarner un travaillisme à la française. Dans ces conditions, le RPF semble être la contestation de droite puisqu'il est le seul à s'opposer au régime et à la constitution rédigée par le tripartisme. Il met en outre l'accent sur des thèmes déjà développés dans les années 30 par un homme comme Tardieu (Le Souverain captif), membre de la droite parlementaire : l'autorité de l'Etat et l'efficacité du pouvoir exécutif. En 1947, date du début de la guerre froide, le discours du RPF est anticommuniste. Son succès aux municipales, outre le prestige du général de Gaulle, s'explique par les voix d'électeurs traditionnellement de droite (ouest armoricain, sud du Massif central) qui trouvent dans le RPF le seul espace politique proche de leurs options.

 

2/ La difficile autonomie d'un mouvement gaulliste

 

         Le reflux du RPF sensible en 1951 s'accentue et l'électorat traditionnel de droite trouve dans les "modérés" du Centre National des Indépendants (A. Pinay) leurs représentants. Lorsque le général de Gaulle, après son retour au pouvoir, provoque des élections législatives en novembre 1958, il doit tenir compte dans sa majorité de nombreux CNI et des députés du MRP. Rares sont alors les députés "gaullistes". C'est d'ailleurs cette chambre qui renverse le gouvernement Pompidou en octobre 1962.

         Fort de l'approbation massive de sa politique algérienne, épaulé par le succès de la révision constitutionnelle de 1962, de Gaulle va disposer alors grâce à l'Association pour la Défense de la Ve République d'un mouvement capable de rallier en masse les suffrages. 32% des voix en 1962, 31,3 % en 1967, 37,2% en 1968 : pour la première fois dans l'histoire électorale française, un parti dépasse régulièrement le tiers des suffrages exprimés. Le mouvement gaullistes se trouve dès lors installé au cœur du système politique français. C'est un parti capable de mobiliser ses sympathisants, comme le montre la manifestation géante de soutien à de Gaulle le 30 mai 1968 sur les Champs-Elysées.

         Le divorce avec le MRP sur les questions européennes, la candidature démocrate-chrétienne de Jean Lecanuet en 1965 n'empêchent pas le maintien dans la majorité d'une frange des "indépendants" (Pinay bien sûr, mais surtout Valéry Giscard d'Estaing).

 

3/ L'opposition de droite au gaullisme

 

         Croire que le gaullisme est toute la droite est une erreur. Il représente plus que la droite, dont il incarne pourtant, par certains aspects, la tradition plébiscitaire d'appel au peuple. Il existe ainsi sous la Ve République une opposition de droite et d'extrême droite au gaullisme. Elle est le fait des nostalgiques de Vichy et de Pétain (Tixier-Vignancourt), des déçus de la politique algérienne (les hommes de l'OAS, Bidault ou Soustelle) et aussi d'une frange de la droite qui veut bien de De Gaulle pour la sauver mais pas pour le garder (Pinay, Lecanuet, voire Giscard en 1969).

         Tixier-Vignanourt appelle à voter Mitterrand en 1965 ; Lecanuet à ne pas voter De Gaulle. En 1969, éloigné du ministère des Finances depuis 1966, Valéry Giscard d'Estaing dénonce "l'exercice solitaire du pouvoir".

 

B/ Le gaullisme après De Gaulle

 

1/ La majorité demeure gaulliste

 

         En juin 1969, Georges Pompidou, fidèle du général, défait le candidat centriste Alain Poher. Avec la nomination de Jacques Chaban-Delmas à Matignon, les gaullistes historiques conservent la haute main sur les affaires de l'Etat. Pierre Messmer, deuxième Premier ministre de Pompidou, incarne cette continuité.

         La majorité reste gaulliste. Les divisions affaiblissent l'UDR (R. Tomasini, C. Pasqua agissent contre Chaban et son projet de "Nouvelle société" jugé trop  gauche). Après les élections de 1973, la majorité doit s'ouvrir au centre. Les fragilités de l'UDR, la poussé du centre alors que la gauche se réorganise après le congrès d'Epinay, expliquent le succès de Valéry Giscard d'Estaing aux présidentielles de 1974. Un non-gaulliste arrive à l'Elysée, mais c'est un homme qui a travaillé dans la plupart des gouvernements de la Ve République, notamment aux Finances.

 

2/ De l'UDR au RPR : de la majorité à l'opposition

 

         Jacques Chirac, responsable de la fronde de l'UDR contre Chaban-Delmas, est premier ministre de Giscard de mai 1974 à août 1976. Lorsqu'il démissionne pour divergences avec le Président de la République, il entame une politique d'opposition de plus en plus nette au sein de la majorité. Elu maire de Paris en 1977 contre le candidat de Giscard (Michel d'Ornano), il se présente contre le Président aux élections de 1981.

         Il dirige un parti gaulliste (le R.P.R.) en perte de vitesse (22% des voix en 1978, 16% aux Européennes de 1979, 18% en 1981) eu égard aux scores des années gaulliennes. Toutefois, il s'impose comme chef de l'opposition à François Mitterrand élu Président de la République. S'il devient Premier Ministre en 1986 à la suite de la victoire de la coalition RPR/UDF aux élections législatives – c'est la première cohabitation – il est battu sèchement aux élections présidentielles de 1988 par le Président sortant (19% au premier tour, 46% au second tour)/

         A la suite de cet échec, les luttes au sein du RPR s'accentuent, entre jeunes "réformateurs" (M. Noir, P. Séguin) et vieux barons du gaullisme, mais aussi entre parlementaires abandonnant la rhétorique de défiance vis-à-vis de l'Europe et "souverainistes" (débat sur le Traité de Maastricht en 1992). En 1993, la victoire des droites est nette : Edouard Balladur devient Premier Ministre à l'occasion de la deuxième cohabitation.

 

         3/ La nouvelle génération : une "libéralisation" du gaullisme ou une dilution de l'identité politique ?

 

L'élection présidentielle de 1995 voit le succès de Jacques Chirac – qui a fait toute sa carrière sous l'aile de Pompidou - et le retour des "gaullistes" à l'Elysée, non sans avoir opposé deux candidats issus de la même famille politique (Chirac, Balladur) et non sans avoir créé des inimitiés profondes. Cependant, tant sur le plan du discours – conciliation entre le libéralisme d'inspiration anglo-saxonne et le gaullisme social – que sur celui des actes – rapprochement avec l'OTAN, maintien à l'Elysée après la défaite électorale de 1997 – Jacques Chirac apparaît en décalage eu égard à la pratique gaullienne du pouvoir. Toutefois la deuxième présidence entamée en 2002 traduit sur le plan international un certain nombre de continuités : politique d'indépendance à l'égard des Etats-Unis (guerre en Irak), pratique référendaire à l'occasion du Traité constitutionnel sur l'Europe, voix d la France sur les questions d'environnement (Kyoto) et de diversité culturelle.

        

         A partir de sa transformation par Jacques Chirac, l'appareil gaulliste ne rassemble plus que 20% des voix et la droite s'est rééquilibrée du côté centriste et libéral (l'UDF). La relève des générations a mis en avant d'autres hommes. Les gaullistes "historiques" (J. Chaban-Delmas, O. Guichard, M. Debré) quittent la vie politique. C'est la génération Pompidou qui a en main les destinées du RPR.

         La victoire de 2002 ouvre la voie à une unification des Droites au sein de l'UMP, véritable "parti du Président" rassemblant gaullistes, libéraux, mais aussi centristes, sur le modèle du Parti populaire espagnol ou de la CDU allemande. Seuls François Bayrou et une poignée de parlementaires souhaitent conserver l'UDF créée par VGE. Ils refusent d'intégrer une formation dont le but affiché est de mettre fin aux divisions fratricides au sein des droites parlementaires. En 2004, Nicolas Sarkozy, Ministre de l'Intérieur depuis 2002, s'empare du parti ; il y impose un style  personnel et de nouvelles pratiques militantes. Il reprend certaines caractéristiques antérieures du "parti" gaulliste tout en se montrant plus atlantiste et plus libéral que certains autres héritiers, non sans susciter quelques résistances.

         Cependant, en dépit des vicissitudes de la vie politique et du long passage de F. Mitterrand à l'Elysée (1981-1995), les institutions voulues par de Gaulle demeurent ; les grandes fondations en matière de diplomatie et de défense ne sont pas remises en cau
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J
Bonsoir,je lisais ce cour et cela me donne affreusement envie d'assister au cours de cette mineure (n'en ayant malheureusement pas). Laquelle est-elle ? (PE ???)<br /> Merci
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H
Ce cours était destiné aux étudiants de L3 suivant la mineure préparant au concours de Professeur des Ecoles. Il s' agit d'"un cours du semestre S5 qui est donc achevé. En histoire contemporaine, les 12 heures sont consacrées à Trois thèmes couvrant un large XXe siècle, conformément aux thèmes du concours : 1. La Grande Guerre2. La Seconde Guerre mondiale : idélologies totalitaires et volonté de créer un "homme nouveau"3. La Ve République (aspects sociaux, culturels et politiques)Je vous renvoie aux autres cours présents sur le blog  dans la rubrique mineure PE L3 (Histoire du XXe siècle). A défaut, si vous souhaitez préparer les concours d'entrée dans les iEP., je vous renvoei à mon manuel L'Histoire à l'examen d'entrée à Sciences Po. Le XXe siècle (Paris, A. Colin, coll. Prépas, 2005, 3e édition). Il s'agit du fruit de mes cours pendant 4 étés au lycée Lakanal dans le cadre de la préparation d'été aux IEP (1996-1999). J'étais alors un très jeune professeur...et je jouais au calcetto avec mes étudiants après les cours...Je serais très heureux de vous avoir en auditeur libre dans le cadre de ce cours, à moins que vous ne préfériez suivre un autre cours. Je reste à votre disposition pour en parler.Hilaire MultonMaitre de  conférences Histoire contemporaineUniv. Jean Moulin Lyon III