Le marathon selon Antonio Latella

Publié le par HMulton

Belle expérience de théâtre  samedi soir avec le marathon proposé par Antonio Latellaentre la profondeur shakespearienne et la créativité du metteur en scène italienne. 12 heures de jeu, 16heures de théâtre : une expérience intense, une plongée en apnée, un enfouissement radical.
Chez Latella, les femmes d'Hamlet sont entre égocentrisme, folie et solitude, elles oscillent entre l'hétairie et la jeune fille qui minaude. Le blanc domine, mais la noirceur des sentiments et les turpitudes de l'âme ne sont pas loin. Un Hamlet badin et léger, mais aussi un brin désenchanté, vient clore ce défilé de portraits sous l'oeil complice et bienveillant d'Horazio, unique personnage à traverser les scènes.
Le jeu des répétitions, notamment la célèbre tirade d'Hamlet, plonge le spectateur dans une hypnose et dans un jeu complice où la scène et la salle se retrouvent, comme dans un miroir.
Les accessoires de l'ultra-modernité, de l'ultra-sexualisation du monde ne rentrent pas en conflit avec une esthétique élégante et baroque : tout fait sens, tout fait théâtre dans un univers - celui de Latella - riche et proliférant. Dans cette quête magistrale de l'essence du théâtre - celle dont parle Henri Gouhier - tout y passe : les ombres, les objets, les voix, la prise à témoin du public, la complicité ludique, le chant mélodieux, le décalage ironique. Dans la gamme des effets scéniques, Latella ne choisit pas : il prend tout, il gonfle les voiles du théâtre, il nous emporte dans un océan tumultueux et fécond.
On peut espérer qu'un projet aussi ambitieux et profond trouve un public en France et en Europe. Encore une fois le Festival des collines s'arrime à la modernité sans renier la force et la vérité des textes majeurs.
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