Jeudi 10 mai 4 10 /05 /Mai 15:35

L'ECOLE DES ANNALES

 

 

 

 

 

Plan :

 

I- Les origines des Annales : la crise des fondements historiques d'après-guerre.

 

A ) Remise en question de "l'histoire classique" d'avant-guerre.

B ) La création des Annales d'histoire économique et sociale : revue de débats et "espèce de petite révolution intellectuelle", Bloch.

C ) L'histoire comme science sociale.

 

 

 

II ) Les années 1950-70 et l'apogée de l'histoire sociale sous Braudel et Labrousse : institutionnalisation de l'école des Annales.

 

A ) Institutionnalisation des sciences sociales.

B ) La mise en place de "l'empire-Braudel"et "l'école" de Camille-ernest Labrousse.

 

 

 

III - La "crise de l'histoire" dans les années 1980-1990 et le déclin de l'école des Annales.

 

A ) Le déclin des Annales ?

B ) Redéfinitions de l'histoire sociale.

C ) La radicalisation des critiques contre les Annales.

 

 

 

INTRODUCTION :

 

            La revue des Annales d'histoire economique et sociale a été fondée en janvier 1929 par deux historiens : M. Bloch et Lucien Febvre. L'impulsion majeure que cette revue a donné à la science historique a été de provoquer son "décloisonnement" et de lui rendre son ambition de recourir à toutes les spécialités et à toutes les techniques susceptibles de faire comprendre l'homme dans tous ses comportements du passé. La revue des Annales a développé entre les années 1920 et 1980 une identité particulière avec sa propre conception de l'histoire à la fois comme faisant partie des sciences humaines et en même temps comme socle de base des sciences sociales auquel toutes les autres disciplines (science économique, sociologie etc ...) viennent se greffer. L'école des Annales a été jusque dans les années 1980, le courant de pensée dominant mais cette date marque le déclin  progressif des Annales qui doivent faire face à une vague de critiques provenant du succès des "nouvelles sciences", ce moment de l'histotriographie française correspond à la période nommée par l'école des Annales elle-même, le "tournant critique".

 

Comment à travers l'école des Annales, l'histoire s'est pensée et s'est pratiquée comme science sociale afin d'assurer sa place au sein des sciences humaines ?

 

La remise en cause des fondements historiques et de l'histoire incapable de prévoir la guerre, a abouti à la naissance des Annales dans les années 1920 avec Bloch et Febvre.

Les années 1950-1970 correspondent à la période-phare de l'école des Annales qui s'institutionnalise notamment par l'intermédiaire de la paire Labrousse-Braudel.

Enfin, la période qui survient à partir des années 1980-1990 se traduit par la fin de l'hégémonie des Annales dans la discipline historique et l'essor de la "nouvelle histoire".

 

 

 

I - ORIGINES DES ANNALES : LA CRISE DES FONDEMENTS HISTORIQUES D'APRES-GUERRE

 

 

A ) Remise en question de  "l'histoire classique" d'avant-guerre

 

 

            Après la première guerre mondiale, un constat s'impose, l'histoire souffre d'un profond malaise que certains imputent à la spécialisation de la discipline, on constate que les historiens ainsi que les sociologues ne parviennent pas à trouver facilement de terrains d'entente, en effet la conception de l'histoire développée par les historiens Paul Lacombe et Henri Berr comme science des faits sociaux, n'a pas eu grand écho dans le milieu, mais elle a produit une certaine inquiétude des historiens sur les but et les méthodes de la discipline. La guerre de 1914-1918 a profondément changer la donne.

 

            Dans le texte d'ouverture de la Revue historique dattant de 1919, les deux directeurs C. Bémont ainsi que Christian Pfister, appellent à réorganiser le travail scientifique après les quatre années de guerre, mais chez ces représentants du courant méthodique, l'histoire ne doit pas se détacher de sa fonction de connaissance de l'histoire et de sa fonction civique et nationale. Pour Lucien Febvre, les choses sont toutes autres, nommé en 1919 sur la chaire d'histoire moderne à la faculté des lettres de l'Université de Strasbourg, la guerre doit conduire au contraire à un examen de conscience des historiens. Il dénonce l'instrumentalisation de l'histoire mise au service de la grandeur de la nation par les méthodiques ainsi dit-il "l'histoire qui sert, c'est une histoire serve". Pour lui le but de l'histoire est de chercher des lois et rejette la conception de l'histoire comme connaissance de l'individuel et du particulier.  Mais pour Febvre, la conception d'un corps de lois historiques reste un but lointain et idéal, son scientisme n'est qu'une idée régulatrice, pour lui les faits economiques comme tous les autres faits sociaux  "sont des faits de croyance et d'opinion", il s'inspire la de la sociologie durkheimienne qui assure que la vie sociale est faite de représentations.

Le thème de la faillite et de l'inutilité de l'histoire qui a été incapable de prévoir le desastre de la guerre est largement commun aux nombreux bilans intellectuels d'apres-guerre, pour Febvre, la guerre est un révélateur de la crise de l'histoire, elle lui a fait prendre conscience de sa responsabilité en tant que savant et de l'urgence à organiser le travail pour transformer l'histoire. L'entre-deux-geurres se caractérise par une atmosphère intellectuelle dominée par les thèmes de l'incertitude et de l'instabilité, ainsi que de celui de la faillite de la science, la méfiance envers l'histoire exprimée en particulier par Paul Valéry en 1931 et le thème de la crise de l'histoire développée par Febvre participent de cette atmosphère. Febvre et Bloch ne séparent pas la crise de l'histoire et leur volonté de rénover l'histoire des boulversements théoriques qui touchent les sciences, avec la révolutio n einsteinienne de la physique et de l'indéterminisme de la théorie de quanta dattant de la fin des années 20, c'est l'idée de causalité et donc la théorie du déterninisme alors piliers de l'histoire classique qui sont remis en cause. Les deux hommes prônent la nécessité de faire une autre histoire que celle des historiens de la génération Seignobos attachés à une conception périmée de la science, car les historiens n'ont pas intégré les avancés des révolutions scientifiques des sciences de la nature. Autre fait déterminant dans la crise de l'histoire, sa position hégémonique se voit contestée par le développement de la géographie, de la sociologie et de la psychologie. A l'Université, l'histoire se coupe des humanités classiques avec l'instauration de la licence par certificats en 1921, ce qui établit le contrôle du recrutement et de la formation par les historiens eux-même. Cette c rise du recrutement en histoire est peu favorable à l'innovation et renforce la sclérose et le conservatisme des enseignements souvent dénoncés par Bloch et Febvre. Dans les années 20, Febvre participe beaucoup à la Revue de synthèse historique de Berr qui prone la mise en place d'une Théorie de l'histoire et une organisation du travail historique fondée selon celui-ci sur une critique bibliographique sur le modèle de l'Année sociologique disparue. En 1925, Berr crée la Fondation pour la science, dont l'objet est d'unifier les sciences historiques, les sciences de la nature et de préciser les problèmes de ce qu'il nomme "l'interscience", c'est-à-dire l'unification des deux types de sciences, la section de Synthèse historique est dirigée par Febvre et Berr, tout ceci s'organise réellement à partir de 1929 et des colloques annuels interdisciplinaires ont lieu, cette fondation se lance d e plus, dans l'élaboration d'un vocabulaire historique pour définir précisement les termes dont se servent les historiens. C'est à cette même période que Bloch et Febvre toujours à starsbourg ont lancé les Annales d'histoire économique et sociale. L'Université de Strasbourg et ce que l'on nomme "l'esprit de Strasbourg" sont désormais classiquement associés à la création des Annales, le gouvernement français avait la volonté de faire de l'université de Strasbourg, "la vitrine de la reconquête française". L'originalité de Strasbourg réside dans la collaboration entre professeurs de disciplines différentes sur la recherche interdisciplinaire.

 

            Febvre et Bloch y traitent régulièrement de l'histoire sociale, c'est pendant cette période qu'ils affirment leur conception de l'histoire et qu'ils produisent des oeuvres majeures comme La Terre et l'évolution humaine ou encore Les Rois thaumaturges , et prennent ensemble les initiatives qui aboutissent à la création des Annales d'histoire économique et sociale en 1929.

 

 

B ) La création des Annales d'histoire économique et sociale : revue de débats et "espèce de petite révolution intellectuelle", Bloch

 

 

            En 1921 Febvre et Bloch projettent de créer une revue pour suppléer la disparition en 1919 de la revue historique allemande Vierteljahrschrift für Sozial-und Wirtschaftsgeschichte. Ils s'adressent à Henri Pirenne, internationalement reconnu pour diriger la revue qui doit être pr Febvre centrée sur les débats critiques et de méthode et être destinée à tous les historiens ainsi qu'aux sociologues, philosophes, légistes et économistes. Mais le projet n'aboutit pas, la tentative a néanmoins permis à Bloch et Febvre de définir ce qui constituera la "matrice intellectuelle des futures Annales", de nouer avec Pirenne des liens privilégiés et d'établir des contacts qui fourniront les premiers collaborateurs des Annales.

 

             En 1922, Febvre fait paraitre dans la collection de Berr La Terre et l'évolution humaine. Introduction géographique à l'histoire, le livre représente une étape décisive dans la redéfinition par Febvre d'une identité historienne face aux autres sciences sociales. Il se présente en tant que représentant d'une discipline, l'histoire et se propose de mener une critique de méthode, et une critique de résultats, cela lui permet de se situer en exteriorité. Il s'élève contre les systèmes déterministes où "tout s'enchaîne et où rien ne s'explique", et trop aligné sur les sciences de la natures, par contre il reproche aux sociologues durkheimiens une conception passiviste des interrelations hommes-milieu. La géographie vidalienne offre à Febvre un modèle de recherche ouverte et dynamique, mais l'ouvrage n'est pas bien perçu par les géographes pour qui il s'agit d'une tentative "d'étran glement de la géographie" à une periode où la discipline inaugure un nouveau cycle de dépendance vis à vis de l'histoire. Quant  à Bloch, il soutient que la méthode comparative est trop souvent laissée à la philosophie de l'histoire ou à la sociologie générale, il s'agit donc d'intégrer dans le travail de l'historien les acquis de la méthodologie comparative en usage dans d'autres sciences sociales comme la géographie ou la sociologie... .C'est sa manière de compléter la démarche de Febvre : redéfinir pratiquement une identité historienne à forte caractéristique scientifique dans un rapport de collaboration et de démarcation avec les sciences sociales les plus novatrices de la période. Après l'echec de la tentative de 1921, c'est Bloch qui reprend l'initiative en 1928 pour relancer le projet d'une nouvelle revue d'histoire économique et sociale. Febvre et Bloch, soutenus par Albert Demangeon direct eur des Annales de Géographie, le titre finalement retenu est Annales d'histoire économique et sociale (Annales HES) par analogie avec les Annales de Géographie, les fondateurs insistent sur la nécessité de faire collaborer deux catégories de chercheurs qui souvent s'ignorent , les historiens qui s'occupent du passé et ceux qui se consacrent au présent, à l'étude des sociétés et des économies contemporaines, il s'agit avant tout d'un appel à la collaboration entre histoire et sciences sociales. L'orientation clairement revendiquée par les deux fondateurs est pragmatique et axée sur la compréhension du présent et sur l'action, ils font preuve d'une grande méfiance vis-à-vis de la théorie (cf. Berr). Bloch et Febvre font tout aux Annales : conception des numéros, choix des thèmes, des articles, correction, réecriture parfois etc... mais surtout ils écrivent énormément p our la revue. La collaboration entre les deux directeurs est extrêment étroite mais connait cependant des crises notament à partir de 1934, l'Encyclopédie française prend beaucoup de temps à Febvre et contribue au divorce intellectuel avec Berr. Les débuts des Annales HES sont difficiles, le contenu et la forme de la revue ne satisfont pas les directeurs, le tirage des exemplaires passe de 1300 en 1929 à 300 en 1938. Une réforme de la révue est engagée avec la priorité donnée aux articles d'actualité, à la chronique scientifique et à la partie critique bibliographique, les enquêtes sont mises en évidence. Le problème le plus récurent est celui du recrutement des auteurs car le réseau ne forme pas un groupe homogène, certains ont un statut privilégié comme Pirenne, le noyau dur est majoritairement historien surtout tourné vers l'histoire économique et sociale, et mise à part la Fran ce, l'Allemagne est la plus étudiée, puis vient l'Angleterre, l'Italie, les Etats-Unis et l'URSS. L'attention aux problèmes d'actualité et au présent est une des caractéristiques fortes des Annales, cependant les questions d'actualité politique et sociale ne sont pas abordées, à cause des relations difficiles avec des éditeurs aux idées conservatrices. La polémique a propos de l'attitude de Febvre pendant l'occupation, la place et l'analyse du nazisme dans les Annales et l'évitement par les Annales des problèmes politiques et sociaux contemporains français posent la question de l'engagement de la revue dans l'action politique et sociale. La question des rapports entre science et action constitue l'un des enjeux des recompositions disciplinaires pendant l'entre-deux-guerres. Dans la perspective de Febvre et Bloch, la séparation entre science et action politique traduit leur volonté de rompre avec les mà 9thodiques qui selon eux, subordonnent l'histoire à la politique. Ils mettent en avant la séparation de la connaissance et de l'action pour assurer l'autonomie scientifique de l'histoire du dogmatisme scientiste et maintenir une ouverture de l'histoire sur la vie.

Parmi les 20 historiens du XXème siècle les plus cités, il y a six "annalistes" dont Febvre, Bloch, et Lefebvre, il s'agit d'un indicateur de l'impact de leurs initiatives et de leur production à la fin des années 1930. La question de la place des Annales dans l'historiographie française est devenue un enjeu historiographique fort à la fin des années 50, la création des Annales HES a fortement contribué à fabriquer une "Ecole des Annales" qui aurait imposé un nouveau modèle historiographique dans la discipline mais l'idée d'une Ecole des Annales homogène est abandonnée.

Les interventions de Bloch et Febvre pour changer l'histoire ne passent pas prioritairement par des dissertations théoriques mais par "l'exemple et par le fait". Febvre a souvent présenté l'histoire comme une discipline au statut scientifique faible et à l'autonomie épistémologique encore incertaine, mais cette situation a comme avantage de ne pas la lier à des doctrines préconcues qui restreindraient la liberté de jugement de l'historien. Ce qui donne une unité au projet de Bloch et de Febvre, est leur volonté de traduire et de développer de manière critique  pour l'histoire les innovations et évolutions dans les autres sciences, ils visent à reconstruire une identité épistémologique pour l'histoire qui la rattache aux autres sciences et en même temps qui la singularise. Cet objectif passe par une analyse de la spécificité de la connaissance historique par rapport aux autres sciences et une reflexion sur l'objet  de l'histoire et ses méthodes.. En effet, ils insistent sur la spécificité de l'objet de l'histoire : les hommes ainsi que les faits humains ds le tps. L'histoire est la science du changement perpétuel des sociétés humaines. L'histoire étudie les hommes dans le temps et non dans le passé selon Bloch, car l'idée que le passé puisse être objet de science est absurde. Il défend la méthode régressive en histoire exposée par Simiand (1903) qui consiste à aller du mieux connu au plus obscure, c'est-à-dire du phénomène développé à son état antérieur. D'autre part, Febvre et Bloch veulent une hsitoire problématique, ils défendent le rôle des hypothèses, des théories, des abstractions en histoire contre ce qu'il considère comme "l'empirisme des méthodiques". Les faits ne sont pas donnés, ils sont construits par l'historien, une science ne se définit pas seulement par son objet mais auss i par ses méthodes et ses techniques.

 

 

C ) L'histoire comme science sociale

 

            L'histoire est pour les Annnales par définition une histoire sociale. Le tableau (annexe (1))que Febvre a composé de ses attaches intellectuelles traduit l'importance des sciences sociales comme la sociologie, la géographie humaine, la psychologie, la linguistique, l'ethnologie dans le projet intellectuel des Annales. La volonté de Bloch et Febvre de collaborer avec les autres sciences sociales ne relève pas seulement d'une stratégie disciplinaire de "captation" et de distinction par rapports aux méthodiques. C'est cette ouverture aux sciences sociales qui alimente le renouvellement des outils, des notions, des questions et des méthodes de l'histoire. Pour assurer sa place au sein des sciences sociales l'histoire doit elle-même se penser et se pratiquer comme une science sociale.

 

            En effet, les Annales dès leur lancement se réclament de l'histoire économique déjà bien légitime en France dès le début du XXème siècle avec Pirenne. Dans la Revue historique de 1931, Henri Hauser met en avant le contraste entre les publications et études nombreuses en histoire économique et le très faible nombre de chaires universitaires consacrées à la discipline, cela s'explique en grande partie par la réticence des historiens français à concevoir l'existence d'une histoire économique autonome. Hauser cite les Annales HES comme nouveau périodique d'histoire économique. Lefebvre contribue avec Bloch et Febvre à donner son identité à une histoire économique et sociale qui se veut explicative et centrée sur l'étude des groupes sociaux, la part des articles d'histoire économique passe de 6,3 % entre 1901 et 1921 à plus de 50 % entre 1929 et 1945.

Febvre a clairement en tête l'histoire économique dont il ne veut pas, c'est-à-dire une histoire sans idées directrices et bien nettes, sans hypothèses de travail formulées avec rigueur, sans soucis permanent des comparaisons et qui reste dans des cadres purement politiques. Febvre et Bloch sans nourrir d'hostilité de principe contre Marx, rejettent le côté métaphysique et dogmatique du matérialisme historique qui impose au passé des catégories d'origine économique inadaptées aux sociétés anciennes. Febvre développe une conception de la connaissance beaucoup plus empirique : les connaissances doivent non pas être tirées de lecture théoriques comme Marx mais d'une lecture attentive aux faits historiques concrets. Le travail de l'historien doit partir des faits, il demande à ceux qui connaissent la pensée de Marx de livrer aux historiens qui ne sont pas des philosophes, de traduire Marx dans des travaux concre ts. Febvre défend la notion d'interdépendance des phénomènes que, selon lui, la science contemporaine impose. Les Annales ont développé avec constance une "pensée des interactions et des interrelations en rejetant tout déterminisme hiérarchisateur simpliste entre base et structure". Une oeuvre fait figure de référence majeur pr Febvre et Bloch, il s'agit de celle de Simiand, principal représentant de la sociologie économique durkheimienne entre les deux guerres, celui-ci publie entre autres Statistique et expérience. Remarques de méthode en 1922, ainsi que Cours d'économie politique. Febvre recommande chaudement son oeuvre car elle est "fondée sur un puissant effort d'analyse du réel", la démarche de l'auteur est faite de déductions fournies par des méthodes semblables à celles des sciences inductives, en particulier par l'usage de la statistique que Simiand considère comme une métho de expérimentale. Febvre voit l'avenir de l'histoire dans le recours aux méthodes statistiques car les historiens ne peuvent plus se contenter comme science auxiliaire de l'histoire de la paléographie et de la diplomatique. Cependant la première réticence de Bloch est le rejet de toute idée de loi d'évolution pour suggérer la prise en compte des causes proprement sociales, il reproche à Simiand d'avoir refusé d'utiliser les documents non-chiffrés de "caractère psychologique" comme les témoignages, les écrits publics, les lettres, les essais de comptabilité. Pour Bloch, les réalités psychologiques explicatives des comportements collectifs, les désirs, les craintes, les préjugés, les idées et les sentiments, ne peuvent pas être apréhendés par les seuls chiffres, il défend donc la critique du témoignage comme fidèle outil des "sciences humaines".

Se démarquant de Simiand, Bloch défend donc une conception des sciences sociales qui prend aussi en compte la dimension interprétative de l'analyse de l'action humaine guidée par des motifs et qui ne s'aligne pas strictement sur les sciences de la nature. Les interventions de Bloch et Febvre pour faire des travaux de Simiand des "livres de chevet" pour les historiens semblent avoir été peu entendus, en particulier à propos de l'usage historien de la statistique. C'est Camille-Ernest Labrousse qui se fait l'introducteur et le propagateur de Simiand chez les historiens dans les années 30. Pour celui-ci qui collabore aux Annales, les recours aux travaux de Simiand a été une manière d'introduire une démarche marxisante en histoire et de rechercher dans l'histoire des fluctuations économiques des relations stables. Mais ce travail reste assez isolé jusqu'aux années 50, les historiens des années 1930 qui ont une culture écon omique et statistique n'étaient pas encore nombreux. La conception de l'histoire économique et sociale que défendent Febvre et Bloch se renouvelle plutôt à partir des apports de l'oeuvre de Pirenne, de la sociologie durkheimienne, de la géographie vidalienne, de la psychologie collective ou sociale, en développant la méthode comparative et en apportant une attention spéciale à l'histoire des techniques. Bloch trace dès 1928 dans Pour une histoire comparée des sociétés européennes, les grandes lignes d'une méthode comparative pour l'histoire qui doit permettre de ne pas "attribuer uen valeur explicative à des petits faits particuliers", ce qui est le risque quand on s'en tient seulement au cadre national ou local. La méthode comparative permet d'atteindre les causes générales qui dans plusieurs systèmes sociaux qui se retrouvent à la racine des mêmes effets pour non seulement repérer les similitude s mais surtout les différences entre ces systèmes. Ce renouvellement des méthodes par le comparatisme apparait essentiel à Bloch à la fois pour assurer à l'histoire son statut de connaissance scientifique mais aussi pour lui redonner de l'attrait auprès des jeunes générations.

D'autre part, dès 1922 dans La Terre et l'évolution humaine, Febvre rapelle que les faits économiques et sociaux ne sont pas dans les choses mais dans "l'esprit des hommes par rapport à ces choses", reprenant la thèse durkheimienne des faits sociaux comme représentations. Pour les deux directeurs des Annales, afin d'étudier les faits historiques  comme des représentations collectives et des mentalités et, pour Febvre, de penser et de pratiquer l'histoire comme "psychologie historique". Le pourcentage des articles relevant de l'histoire des mentalités et de l'histoire culturelle dans les Annales pour la période 1929-1938 est largement inférieur à celui des autres revues historiques (3,7 %). Certes Febvre et Bloch ont une vision commune de l'histoire mais certains points les séparent, nous avons d'un côté un attachement plus grand de Febvre aux expressions conscientes de l'activité humaine et aux individus,  et pour Bloch, la priorité est donnée aux représentations et façons de faire collectives et moins conscientes. Il faut également mettre en évidence le fait que le renouvellement de l'histoire par l'histoire économique et sociale passe pour Bloch et Febvre par le rejet de l'histoire politque, en effet "hisoire politique" et "histoire evenementielle" sont des dénominations polémiques que les Annales utilisent souvent pour stigmatiser l'histoire selon les méthodiques. Febvre s'en prend à une histoire qui ne se soucie que de la sphère politico-diplomatique, de la psychologie des grands personnages et du jeu diplomatique. Ces critiques sont relayées dans les années 30 par Jules Isaac qui avance qu'il faut déterminer d'abord qu'elles sont les causes profondes, les forces sous-jacentes, avant d'en venir aux jeux de "surface" de l'histoire diplomatique. Les textes polémiques de Febvre dans les années 30 contre Seignobos vont  fortement contribuer à recomposer une nouvelle mémoire disciplinaire, "un légendaire identitaire des Annales qui sépare radicalement l'avant Annales et l'après" et dans lequel Seignobos fera figure du représentant typique de l'histoire évenementielle à rejeter. Febvre dénonce non seulement une conception de l'histoire qu'il repousse de toutes ses forces mais aussi l'influence institutionnelle de Seignobos notamment dans l'enseignement secondaire. Il appelle l'historien à être actif devant l'inconnu et s'il n'y a pas de textes, de tirer parti des autres types de sources non écrites. Il reproche également à Seignobos de céder  à l'illusion de la "merveilleuse continuité de l'histoire nationale" de la Gaule romaine jusqu'à la France des années 1930. La crtitique de l'histoire politique par Febvre n'est donc pas une critique de sa légitimité mais celle de ses procédures et de ses contenus, de l'hist oire politique telle qu'elle se fait majoritairement, coupée de l'histoire économique et sociale et imprégnée de paresse d'esprit et de passivité.

En s'efforçant de refonder l'identité de l'histoire en cohérence avec les évolutions scientifiques de leur époque, les Annales poursuivent le processus d'autonomisation de l'histoire comme discipline scientifique inauguré au XIXème siècle. Le projet des Annales doit être analysé comme une réponse au défi de légitimisation lancé à l'histoire par les autres disciplines scientifiques. L'histoire doit pour les Annales, devenir une science sociale pour ne plus être isolée dans le champ scientifique. La stratégie disciplinaire et professionnelle de Bloch et Febvre est subordonnée à cet objectif intellectuel.

            C'est ainsi que "social" devient le nom générique pour désigner cette histoire nouvelle : l'histoire avec les Annales devient le "dépositaire du social" comme l'histoire des méthodiques avait été celle du national parce que le social est devnu l'entrée la plus efficace, pour la remettre sur le terrain des réalités et qu'elle soit en accord avec les évolutions des sciences. Ce ré-ancrage de l'histoire par les Annales n'implique cependant pas d'abandonner ce qui doit assurer à l'histoire sa place centrale dans les sciences sociales. C'est cette conquète d'une nouvelle centralité de l'histoire au sein des sciences sociales qui est l'enjeu principal du mouvement Braudel-Labrousse des années 1950-1960.

 

 

 

II ) LES ANNEES 1950-1970 ET L'APOGEE DE L'HISTOIRE SOCIALE  SOUS BRAUDEL ET LABROUSSE : INSTITUTIONNALISATION DE L'ECOLE DES ANNALES

 

 

A ) Institutionnalisation des sciences sociales

 

            Avec le climat d'ouverture et de rénovation de l'après seconde guerre mondiale, la France connait une véritable explosion des sciences sociales suscitée par un Etat central soucieux d'efficacité et de rationalisation. Les commandes passées par les organismes publics auprès des sciences sociales se multiplient pour favoriser la croissance planifiée dans le cadre d'une économie de plus en plus mondialisée qui a besoin de la connaissance d'indicateurs fournis par de nouveaux organismes dotés de puissants moyens.

 

            En effet le Front populaire avait déjà crée le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) dont l'envol se réalise à partir des années 1950. On crée l'INED (Institut national d'études démographiques en 1945 et l'INSEE en 1946. La statistique et la démographie deviennent alors les instruments du pouvoir politique. Ceci s'accompagne de besoins nouveaux en fillières d'enseignement ce qui profite essentiellement aux disciplines qui semblent incarner la nouveauté et c'est notamment le cas des sciences sociales, grands bénéficiaires de cette explosion. Les méthodes staistiques triomphent et sont à la base de la définition des catégories socio-professionnelles, outils de tous les recensements de la population à partir de 1954. Un Institut de science économique appliquée (ISEA) est crée sous la direction de F. Perroux qui fonde par ailleurs le groupe de recherche sur l'histoire quantitative de l'économi e française. La sociologie s'organise et progresse avec la création par le CNRS en 1946 d'un CES (Centre d'études sociologiques). En 1947, c'est la psychologie qui gagne sont indépendance dans le monde universitaire et obtient une licence d'enseignement spécifique.

A l'origine de cette explosion des sciences sociales, il y a le rôle d'impulsion de l'Etat et celui des organismes internationaux liés à l'UNESCO qui suscitent une demande de recherches en lançant des enquêtes sociales. On note une forte volonté de transformer la société, de penser le social et s'appuie sur la croissance économique de cette période. Cet essor des sciences sociales se poursuit et s'accélère dans les années 1960, cette société qui se veut plus rationnelle s'adresse aux sciences sociales pour mieux cerner son objet. On attend du sociologue une compétence technique, il devient un expert, un spécialiste dont le savoir peut être immédiatement opérationnel dans la bonne marche de la société. Cet engouement pour les sciences sociales débouche sur leur institutionnalisation universitaire dans la fin des années 1950. On élit à la Sorbonne des professeurs de sociologie, de psychologie. En 1958 , les facultés de lettres deviennent des facultés de lettres et sciences humaines et, en 1959, les facultés de droit deviennent des facultés de droit et sciences économiques.

Cette pression des sciences sociales sur l'histoire devient alors très forte et va contribuer à infléchir les orientations de l'ecole des Annales. Le péril est vécu par les historiens jusque dans leur rapport avec le grand public car les sciences sociales s'accaparent les grands tirages et monopolisent les évênements intellectuels (cf. l'explosion de l'Introduction à la psychanalyse de Freud ou encore Tristes Tropiques de Lévi-Strauss. L'autre pôle d'implulsion des sciences sociales se trouvent outre-Atlantique, la sociologie empirique américaine trouve en France un terrain d'application depuis les années 1930, est relayée par J. Stoetzel qui crée en 1945 l'IFOP. La recherche en sciences sociales se trouve finalisée et recentrée autour d'objetifs de rentabilité, de rationalité pour acquérir l'efficacité américaine. La pression sur l'histoire est aussi forte dans le domaine universitaire, une diffé renciation s'opère et  bénéficie aux disciplines nouvelles et risque de boulverser la hierarchie. C'est ce risque que les historiens veulent éviter et ceci suscite une réaction très vive autant institutionnelle qu'au niveau de la définition de la discipline historique. Ces sciences sociales en progrès supportent de plus en plus mal la domination des disciplines "légitimes", la sociologie notamment espère se liberer de la tutelle philosophique. L'histoire se voit de nouveau contestée comme science majeure du social.

D'autre part la discipline-phare de cette période est la démographie historique. L'essor de la statistique d'après-guerre et le désir d'une meilleure connaissance de la population permettent l'émergence de ce secteur dynamique de la discipline historique. Dès 1946, Jean Meuvret publie dans la revue de l'INED, Population, un article qui a joué un rôle important d'inspiration dans l'affirmation d'une histoire sociale à la française en s'efforçant de croiser les courbes économiques et démographiques afin d'éclairer le phénomène de crise. Mais la naissance de la démographie historique doit surtout beaucoup à la mise au point d'une méthode Fleury-Henry en 1953 qui consiste en une analyse démographique du passé à partir de la consultation des registres paroissiaux. Ce modèle est devenu incontournable pour toute une génération d'historien.

 

 

B ) La mise en place de "l'empire-Braudel"et "l'école" de Camille-ernest Labrousse

 

            Fortement stimulé par cet effervescence du côté des sciences sociales que Braudel devient un véritable "bâtisseur" d'empire, il se préoccupe surtout de consolider et d'élargir le territoire de l'historien. Grâce à lui, les Annales réussissent à resister sans mal au progrès du structuralisme car elles s'appuient sur une assise institutionnelle de plus en plus solide. L'orientation structuraliste qui a pris pour modèle la notion de structure formelle et arbitraire du signe définis par le linguiste de Saussure, est alors reprise par l'ensemble des sciences humaines. Face à ce defit, Braudel apporte une double réponse sur le plan des orientations de recherche et au niveau des positions de pouvoir. Son charisme est reconnu par tous ses disciples.

 

Dès 1946, la revue des Annales change de nom et abandonne dans son titre la référence à l'histoire pour desormais s'appeller Annales, Economies, Sociétés et Civilisations. Ce changement marque la volonté de réaliser plus facilement l'osmose entre les diverses sciences sociales, les historiens étant les maîtres d'oeuvre de cette synthèse. La direction de la revue se réorganise du fait des disparitions de la guerre, il n'y a plus qu'un seul directeur, Febvre qui s'entoure dans le commité de direction de Fernand Braudel qui prendra sa succession à la tête de la revue dès 1947. On note de plus de nouveaux collaborateurs venus d'horizons des sciences sociales, aux historiens s'ajoutent des géographes etc..., la revue conserve donc après-guerre son rôle de fédérateur. Le succès n'est pourtant pas acquis, un réseau concurrent formé d'économistes, de sociologues, et d'ethnologues dont Lévi-Str auss, tente de disputer aux historiens une position de leadership. La situation d'après-guerre est propice à la création d'une VIè section consacrée aux sciences sociales et les sociologues sont les mieux placés pour réussir leur entreprise, cependant la direction échappe aux durkheimiens au profit des historiens des Annales, Febvre se fait élir président du premier conseil de la VIè section de mars 1948. Fernand Braudel est désigné par Febvre comme l'organisateur de l'hégémonisme annaliste en tant que secrétaire de la VIè section. Il se voit confier aussi la direction du Centre de recherches historiques. C'est à partir de ce centre crée en 1949 que la pratique historienne des Annales conquiert progressivement une position hégémonique dans l'après-guerre. Braudel a par ailleurs assuré le rayonnement de ses travaux grâce à un réseau de plus en plus solide et ramifié aussi bie n en province qu'à l'étranger. C'est l'importance croissante du CNRS qui permet à Braudel de recruter un nombre croissant de stagiaires et d'attachés de recherche et de parvenir ainsi au chiffre d'une dizaine de collaborateurs directs en 1952-53. La capacité hors pair de Braudel d'organisateur, de dirigeant et sa faculté à gagner la confiance Outre-atlantique ont été appréciées par Febvre. Pour Braudel, la VIè section est un instrument décisif dans un processus plus vaste d'ingestion des sciences sociales au profit de l'historien, en effet sa stratégie est visible dans la citation suivante : "Il faut bien comprendre ce qu'est la leçon des Annales, de l'école des Annales...C'est que toutes les sciences humaines sont incorporées à l'histoire et deviennent sciences auxiliaires". Braudel ne néglige pas l'enseignement de l'histoire dans les structures universitaires classiques dont les Annales veulent la trans formation radicale. Il reprend ainsi l'héritage des deux fondateurs de la revue lorsqu'ils avaient tenté sans succès de modifier en profondeur l'agrégation dans les années 30. Braudel présente en 1956 son programme s'appuyant sur l'experience des universités americaines des area studies et consiste à organiser sur ce modèle la recherche autour des aires culturelles. Celles-ci doivent permettre le regroupement des méthodes historiques, économiques et sociologiques. Ce programme doit non seulement permettre la collaboration organique de plusieurs disciplines mais aussi réaliser la jonction entre les necessités de comprendre le monde contemporain et le passé grâce à "l'epaisseur temprorelle que peuvent apporter en France les historiens en tant qu'orchestrateurs des sciences humaines". Ce programme des aires culturelles permet un essor quantitatif décisif de la VIè section puisque l'on assiste à une poussée spà 9ctaculaire du nombre de directeurs d'études, on en dénombre 80 en 1958 bénéficiant d'une véritable politique de sciences sociales de la part aussi bien de l'Etat que des organismes sociaux divers qui impulsent de nombreuses initiatives. En 1960, l'orientation des recherches est marquée par la prédominance de l'histoire économique, on note une mondialisation des orientations des Annales. Fernand Braudel a donc été avant tout un "bâtisseur", plus efficace encore par la solidité des constructions, des institutions qu'il aura généré que par l'originalité de ses théories. Plus homme d'action que théoricien, il a cependant infléchi un certain nombre d'orientations des Annales de la première génération. Il est à ce titre un maillon essentiel dans l'évolution de cette école vers son ère triomphale.

 Le véritable modèle du chercheur réside en la personne de Labrousse chef d'orchestre à la Sorbonne pour diriger l'essentiel des grandes enquêtes d'histoire sociale de toute une génération partie avec enthousiasme à l'assaut des nouvelles sources analysées à partir du modèle labroussien. La perspective de Labrousse reste celle de l'éclairage evenementiel politique. Tôt intéressé par l'économie, Labrousse se convertit à l'histoire et convertit les historiens à l'économie. Il s'efforce de traduire et rendre accessible aux historiens de métier le savoir d'économiste qu'il a acquis au cours de sa formation. Son objectif est d'intégrer l'étude des structures dans leur évolution et l'étude évenementielle dans un même ensemble avec l'objectif d'expliquer la rupture révolutionnaire d'une manière scientifique. Son modèle a exercé une véritable fascination sur plus de deux générations  d'étudiants, le modèle labroussien revient à repérer les phénomènes à répétition pour y discerner des causalités sous-jacentes. A partir de 1955, sans abandonner la dimension économique qui reste bien le socle fondamental de son modèle, il réoriente le champ d'investigation qui s'offre à lui et à ses disciples, vers l'histoire, rejoignant ainsi de manière encore plus marquée les orientations initiales de l'école des Annales. Lors d'un colloque en 1965, Labrousse fait part de sa conception d'une histoire globale et fortement hiérarchisée entre niveau économique qui permet "un bougé de l'histoire" et le plan des mentalités qui condense les resistances au changement. Il voit ainsi arriver à lui toute une génération qu'il engage aussi tôt dans des monographies qui doivent attester la validité de son modèle, Labrousse fait tester sa thèse nationale par ses disciples qui se voient attribuer c hacun un département. Le contexte de régionalisation facilite cette évolution de l'historiographie qui voit se développer les grandes thèses régionales. C'est au sein de cette génération d'historiens labroussiens, enthousiasmée par la rigueur quantitative, qu'on retrouve ceux qui vont animer le tournant vers une histoire plus culturelle, plus anthropologique dans un climat où le structuralisme triomphe.

Ainsi cette commune volonté de bâtir une histoire sociale fortement à partir de son substrat économique débouche sur un programme braudélo-labroussien dans ce qui devient vite un monument de l'historiographie française de l'époque, le symbole même de cette histoire sociale à la française est a publication de l'Histoire économique et sociale de la France parue aux PUf entre 1976 et 1982 sous la double direction de Braudel et de Labrousse qui répertorie toutes les avancées historiographiques des années 1960 au plan de l'histoire de l'économie et de la société française.

 

 

 

III - LA "CRISE DE L'HISTOIRE" DANS LES ANNEES 1980-1990 ET LE DECLIN DES ANNALES

 

 

            De nombreuses expressions cherchent à rendre compte de la singularité du moment historiographique des années 1980-1990 en France et qui résume bien la thématique de la crise de l'histoire comme "crise d'identité et des pratiques" pour les Annales, "Anarchie épistémologique" ...

La période se carastérise par l'affirmation de projets historiques forts et notamment celui d'une histoire politique renouvelée, la constitution d'une histoire du temps présent, les redéfinitions de l'histoire sociale, la promotion de l'histoire sociale, la promotion de l'histoire culturelle, une nouvelle fonction sociales de l'histoire autour des thématiques de la mémoire et de l'identité, une pratique plus raisonnée de l'interdisciplinarité, le développement de l'historiographie ou encore une réflexion épistémologique. La multiplication à partir de la fin des années 1970, des critiques historiographiques contre le modèle des Annales (celui de la "nouvelle histoire" et celui du moment Braudel-Labrousse) peut servir de point de départ pr analyser la dynamique historiographique de la période.

 

 

A ) Le déclin des Annales ?

 

Dès le début des années 1980, nous avons deux textes qui ont joué un rôle important par leur écho chez les historiens français, dans la remise en cause du modèle historiographique des Annales. Le premier est un article de l'historien Lawrence Stone paru en 1979 dans la revue Past and Present, et traduit dans Le Débat en 1980 pour la France, sous le titre "Retour au récit ou réflexions sur une nouvelle vieille histoire". Le second texte est un article de Carlo Ginzburg traduit en 1980 sous le titre de "Signes, traces, pistes. Racines d'un paradigme de l'indice".

Stone constate chez beaucoup d'historiens un courant de fond qui les fait revenir "vers une matière de narration", c'est-à-dire vers un mode d'écriture de l'histoire qui consiste à organiser la matière selon l'ordre continu de la chronologie. Il explique ce déplacement des intérêts des historiens par l'echec de ce qu'il nomme "l'histoire scientifique" et dont il distingue trois espèces : le modèle écconomique marxiste, le modèle "écologico-démographique français", c'est-à-dire l'hsitoire sociale des Annales, et les méthodes américaines (la New Economy History). Pour Stone, le quantitativisme, le dispositif en trois instances pour penser les sociétés, le déterminisme unicausal économique et démographique ont conduit les historiens à une impasse : l'histoire scientifique est mythe. Le retout au récit s'enracine donc selon lui, dans l'echec de l'histoire "scientifique" et de ses prétentions explicative s.

Quant à Ginzburg, il propose d'attirer l'attention des historiens sur l'émergence silencieuse à la fin du XIXème siècle d'un modèle épistémologique différent du modèle qu'il nomme galiléen des sciences de la nature. A l'opposé des sciences galiléennes, l'histoire reste intrinsèquement attachée à l'individua

Par HMulton - Publié dans : hmulton
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