LPJ - Le
public était nombreux vendredi dernier à la Fondation Pistoletto lors de la table ronde organisée en présence de la Consule générale de France à Turin pour
établir un état des lieux de la politique transfrontalière en matière d’art contemporain. D’importantes collaborations se dessinent-elles à l’horizon ?Hilaire Multon - Cette table ronde organisée avec l’appui de la région Piémont et d’Artissima a été l’occasion de tracer les perspectives pour l’avenir dans le domaine des Fonds Régionaux d’Art Contemporain (FRAC) et de l’art contemporain lui-même bien sûr, mais également dans celui des relations culturelles et artistiques transfrontalières. Cette initiative de haut niveau nous a permis de dessiner un calendrier pour le renforcement des échanges transfrontaliers dans le domaine culturel avec deux échéances importantes : 2011 pour Turin, avec le 150e anniversaire de l’Unité italienne et 2013 pour Marseille-Provence, capitale européenne de la culture.
LPJ – Le sujet du débat proposé lors de cette rencontre franco-italienne tournait autour des FRAC, les Fonds Régionaux d’Art Contemporain. Pourriez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
H.M. - Les FRAC ont été créés en France en 1983 pour répondre à une volonté politique : rapprocher le public de la création contemporaine. Avec les lois de décentralisation, toutes les régions françaises ont utilisé ces fonds pour construire des collections régionales publiques non cessibles. Cette démarche répond également à une volonté de démocratisation : il ne s’agit pas simplement d’une offre artistique, c’est aussi un parcours vers l’appropriation des œuvres contemporaines par un large public avec l’appui d’un médiateur, d’un curateur ou en relation directe avec un plasticien.
Collection FRAC Piemonte - LOTHAR
HEMPEL, Mitten im nichts (In the middle of nothing), 2004
LPJ - Où sont exposées en France les œuvres des collections des FRAC ?
H.M. - Ce sont des collections dont les œuvres se déplacent dans les régions selon la demande locale ou selon le projet de leurs directeurs. Depuis quelques années, on parle toutefois de FRAC de deuxième génération, parce que s’est affirmé le besoin d’un lieu de référence permanent. C’est le cas par exemple de Marseille, qui sera capitale européenne de la culture en 2013 et qui a confié à l’architecte japonais Kengo Kouma, la réalisation d’un lieu pour les collections du FRAC. Ce ne sera pas un lieu muséifié, mais au contraire un lieu ouvert en interaction avec la société et les autres formes de création.
LPJ - En quoi les FRAC français se différencient-ils de celui créé par la Région Piémont ?
H.M. - En Italie, le Ministère des Biens culturels ne vise pas à mettre en œuvre une politique nationale des arts visuels. De plus, 50% de son budget, moins développé que celui de son homologue français, est consacré au patrimoine : 40% du patrimoine mondial de l’humanité classé par l’Unesco se trouve en Italie ! En Piémont, il s’agit d’une décision purement régionale, d’autre part les œuvres peuvent être cédées à terme, ce qui n’exclut pas a priori les dynamiques du marché de l’art.
Collection FRAC Piemonte - IÑAKI
BONILLAS, Fotografías delineadas, 2006
LPJ - Quels sont les critères pour les achats ?
H.M. - Les œuvres exposées actuellement à la fondation Pistoletto proviennent des différentes galeries
internationales présentes à Artissima. Andrea Bellini, directeur artistique de la manifestation, pilote le projet avec le soutien d’un comité d’achat
international. Nous touchons là un point sensible, puisque certains opérateurs auraient volontiers tendance à défendre les artistes de leur région, tout comme en France. La question de
savoir quel type d’achat privilégier a été posée lors de la table ronde, sachant que ces derniers sont extrêmement encadrés juridiquement. Dans le cas du Piémont, on observe une attention
soutenue à l’égard des courants émergents, ainsi qu’un intérêt pour les œuvres relevant de questions de société actuelles telles que le développement durable ou l’urbanisme.
LPJ - Quels sont à votre avis les enjeux du FRAC
Piémont ?
H.M. - Le Piémont est une région qui accueille déjà un nombre important de galeries et structures d’excellence dans le
domaine de l’art contemporain : le Castello di Rivoli, les Fondations Merz et Sandretto, sans oublier la Fondation Pistoletto… Tout l’enjeu est là : savoir comment les FRAC vont travailler avec les
différents acteurs présents sur l’ensemble de la Région en valorisant la création au niveau culturel, économique mais aussi en terme de développement de public. Les trois expositions qui ont
eu lieu depuis 2007 sont le signe d’une volonté très claire et d’une ambition politique de la région Piémont en faveur de la création contemporaine. Celle-ci fait figure de tête de pont en
Italie dans ce domaine.
Propos recueillis par Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com - Turin) vendredi 10 juillet 2009
Collezione FRAC Piemonte
Du 4 juillet 2009 au 10 janvier 2010
Cittadellarte – Fondazione Pistoletto
Via Serralunga 27, Biella
vendredi 16h30 -19h30
samedi et dimanche 10h00 -19h30
mardi, mercredi, jeudi sur RdV
www.cittadellarte.it
Liens :
- Table Ronde du 3 juillet 2009 « Les FRAC transfrontaliers »
- Artissima et le Fondo Regionale Arte
Contemporanea :
http://www.artissima.it
- Le FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur et le futur bâtiment
http://www.fracpaca.org/